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| Une étude sur la valeur économique de la nature |
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Evaluation économique de la rente de ressources liées à la mer
dans le tourisme littoral méditerranéen Par Jean-Pascal Bassino, Economiste Chercheur associé au DEFI, Université Aix-Marseille III 10 décembre 2010 « Ce qui nous est offert par la nature est gratuit et n’a pas de valeur, et donc pas de prix. » Cette affirmation qui nous paraît à tous évidente est mise à l’épreuve par Jean-Pascal Bassino lequel fonde son analyse sur le postulat que la nature a une valeur, postulat qui induit que la nature représente un capital qui génère des flux de revenus. Ces flux de revenus sont générés par les activités liées à l’exploitation, au sens noble du terme, de la nature, ici la mer (gisement de pétrole, produits de la pêche, loisirs nautiques). L’expert économiste s’attache à démontrer que l’on peut évaluer économiquement ces revenus, qui constituent une rente de ressource, plus particulièrement la rente capitalisée par les acteurs économiques du tourisme littoral méditerranéen. Un consensus se dessine aujourd’hui autour des actifs environnementaux marins, « rente appropriée en totalité (ou en majeure partie) par le producteur de bien ou service » qui ne se limitent pas à des stocks mais incluent la surface, le volume, les écosystèmes eux-mêmes. La démarche entreprise par Jean-Pascal Bassino se situe dans le champ économique, dont la réflexion sur la nature s’exprime en termes de valeur économique, de revenus, et qui fait l’objet d’échanges marchands et non marchands. En effet, les acteurs économiques (commerçants, hôteliers, restaurateurs, entreprises) tirent profit de l’exploitation de la mer comme source de revenus sans pour autant payer ce bien de consommation intermédiaire ou « service environnemental ». L’initiative entreprise par le Plan Bleu consiste à mesurer les bénéfices engrangés par les acteurs économiques, cette « rente de ressource » dont l’activité est liée à la mer. Jean-Pascal Bassino centre son étude sur le tourisme littoral. En effet, un restaurant situé en bord de mer générera plus de revenus qu’un restaurant situé à l’intérieur des terres. Les actifs environnementaux marins rendent des services liés à leur écosystème (support, fournitures de biens, aménités, régulation) et sont ainsi associés à des usages tels que la pêche, le tourisme, l’immobilier, la séquestration carbone, etc. Ces usages concourent à notre bien-être. Les actifs environnementaux peuvent être classés suivant plusieurs catégories selon leur nature, leurs conditions d’épuisement, leurs conditions d’appropriation. La difficulté de l’analyse tient dans l’évaluation du seuil de non-retour, à savoir la perte de revenus pour l’homme. De même, les conditions d’appropriation de cette rente ne correspondent pas aux conditions usuelles d’appropriation d’un bien. La relation entre installation en bord de mer et objectif initial de cette installation est ambiguë. On assiste ainsi à une appropriation des actifs environnementaux de facto, dont l’accès n’est pas précisément défini.  Dès lors, qu’est-ce qui est envisageable et souhaitable en termes d’appropriation et d’utilisation de ces actifs ? La rente de ressource est facilement identifiable dans la plupart des cas. Les cas du pêcheur, du loueur de planches ou du restaurateur, présentent différentes situations de rentes (quantité de poissons vendue, prix de la location de planches, prix des menus lié aux tables situées en bord de mer). Ces rentes devraient pouvoir faire l’objet de versement financier comme redevance. De prime abord, on pourrait penser que la taxe foncière peut constituer cette redevance, qui est versée indirectement, et que la différence de rémunération du capital foncier, à travers la rente foncière suffit à combler cet écart. Il s’avère pourtant que cette rente foncière ne parvient pas à combler l’importante différence de revenus liée à l’emplacement d’un bien immobilier près de la mer. Elle ne constitue en réalité qu’une faible part de la valeur ajoutée liée en partie à la mer, que reçoivent ces opérateurs.  Jean-Pascal Bassino a tenté d’évaluer la valeur économique de ces bénéfices, en fonction des activités :
 Le capital lié au tourisme littoral n’est donc pas rémunéré tandis que des revenus sont tirés de cette proximité de la mer. Afin d’évaluer cette rente, l’hypothèse première est de lier l’activité économique, basée sur le nombre d’hôtels, à la longueur du trait de côte, afin d’obtenir une approximation de la valeur du stock. L’étude est centrée sur quatre pays côtiers. En effet, les 22 pays méditerranéens ne peuvent être soumis à comparaison en raison de l’écart des situations économiques et des activités touristiques présentes (comme la Grèce et la Lybie par exemple). La France, l’Italie, l’Espagne et la Grèce présentent des similitudes et sont analysés, à l’échelle départementale. Le constat fait état d’une relation positive entre les deux données (trait de côte et nombre d’hôtels) mais d’une forte dispersion, expliquée par l’influence d’autres variables (densité de population, revenu moyen, salaire horaire moyen). Ces variables sont par conséquent intégrées au calcul. Le résultat est édifiant, seuls 5% de la présence des hôtels sont expliqués par la longueur du trait de côte, autrement dit par le capital de stock naturel représenté par les actifs environnementaux marins. L’effet relatif est d’autant plus fort que le nombre d’établissements est faible. Cependant, des valeurs élevées sont observées dans les îles grecques, la Corse et la Sardaigne. En Sardaigne, un opérateur hôtelier bénéficie de 40% de valeur ajoutée qui correspond à la rente de ressource. Le consommateur, ou l’utilisateur, est prêt à payer pour avoir accès à la mer et rémunère directement l’hôtelier, ou le détenteur immobilier, qui capte ainsi une rente. La rente est aussi captée par les détenteurs de biens immobiliers qui bénéficient de décisions (Plan Local d’Urbanisme) peu transparentes. L’asymétrie d’informations entrave le bon déroulement des négociations de la valeur d’un terrain entre l’opérateur et les autorités locales. Celles-ci ne savent pas combien l’hôtelier est prêt à payer pour détenir ou conserver son accès à la mer, et donc préserver sa rente.  Quelles seraient alors les conditions pour que les collectivités locales récupèrent une partie de la rente de ressource ? Certaines ont décidé d’interdire la construction sur les terrains en bord de mer, détruisant et diffusant la rente. D’autres ont mis aux enchères les droits de construction. Cette alternative fait apparaître un prix que les résidents, citoyens lambda, ne peuvent pas payer et ne peuvent donc plus y habiter.  Jean-Pascal Bassino ne propose pas de solutions mais nous livre des pistes de réflexion alimentées d’un riche débat : Â
 Maurice Allais, Prix Nobel d’économie, y avait réfléchi, affirmant dans les années 70, que l’impôt sur le capital est un moyen de frapper la rente de situation, le revenu non gagné légitimement, et de réparer une injustice et que seul l’Etat a pouvoir de décider de la légitimité ou non d’un gain… En complément, pour approfondir, télécharger la Revue du Commissariat Général au Développement Durable, « Donner une valeur à l’environnement : la monétarisation, un exercice délicat mais nécessaire » : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Donner-une-valeur-a-l.html
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| Mise à jour le Mercredi, 02 Février 2011 14:05 |



